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jeudi 18 avril 2013

Dans ma rue.



Tout a l'heure, il m'est arrivé un truc qui ne m'étais pas arrivé depuis un petit moment. Je dirais que ça n'était pas arrivé depuis environ 1 an. Depuis le début de mon chômage en fait.

En effet, depuis cette date, j'ai toujours répondu gentiment "non, au revoir". Alors qu'avant souvent le samedi, je répondais favorablement à la demande formulée, aux sollicitations, aux sourires. 
J'échangeais un sourire, deux ou trois phrases sympathiques, des remerciements qui n'avaient pas vraiment lieu d'etre. Parfois même un bisou. 

J'avais oublié. j'avais surtout évité de voir et d'entendre. Peut etre parce que moi aussi, je m'étais bêtement dis que ça pouvait être contagieux. Comme ceux qui pensent que le chomage est contagieux et qui se sont doucement détournés de mon chemin...  Alors, oui, peut etre que bêtement j'ai pensé que la rue c'était contagieux.

Dans ma vie de citadine, ce moment ne m'est arrivé que 2 fois. 2 fois on m'a embrassé chaleureusement  et spontanément pour me dire merci. Presque normalement, une accolade dans la rue. Un moment où l'on se sent géné parce que ça n'aurait jamais du avoir lieu. Il n'y aurait jamais du y avoir ce genre d'échange. Dans mon monde idéal, tout le monde vivrait avec un toit et mangerait à sa faim.

La première fois, c'était au printemps l'an passé je crois. J'avais eu le droit  à un éblouissant "Vous êtes formidable mademoiselle !" dans ma tête, je me souviens qu'à l'époque j'avais pensé "Formidable de quoi? c'est normal ! même si ce genre de chose ne devrait pas être normal". Il avait alors bondi débout et m'avait donné un accolade et m'avait embrassé la joue. J'avais rien vu venir mais j'avais touvé cet élan touchant. On ressort toujours un peu bêta de se type de démonstration, sans trop savoir si on doit dire merci ou s'excuser. J'avais offert 1 ticket resto, peu pour moi et beaucoup pour lui car il allait pouvoir acheter à manger à ses chiens. Ca m'avait un peu émue je dois avouer. Peut être suis je trop sensible? je ne sais pas.

Et puis tout à l'heure, cette jeune fille assise sur la marche d'un troquet fermé. Ses 2 chiens à ses pieds et qui m'a gentiment interpellée. Elle avait ce regard doux et perdu qu'on parfois les gens de la rue. j'ai vaguement prononcé que je n'avais pas beaucoup de monnaie et elle a alors dit cette phrase qui m'a marquée, un timide "j'ai faim" qui a stoppé net mon pas.

Je me suis senti bête, égoïste et lâche. Oui, j'avais 3 euros. Oui j'aurais pu les donner directement sans faire celle qui veut pas. Oui j'aurais du penser qu'elle avait faim et qu'elle cherchait pas juste à récupérer un peu d'argent.

Je rage parfois de  ne plus avoir de tickets resto à offrir. Mais ça fait partie du jeu. j'ai quitté le confort du salariat pour modifier mon existence. Ca prend du temps, ça avance, parfois ça recule mais Pôlo ne me donne pas encore de ticket resto ...

On a parlé des chiens, du soleil qu réchauffe, des gens qui l'ignore comme ces 2 filles passées juste avant moi et du kebab un peu plus haut. On a rigolé en disant qu'il est sympa et elle m'a dit qu'il la connaissait bien, que ça faisait 6 ans...

Elle s'est alors relevée et m'a tendue la main. J'ai pensé qu'elle voulait me serrer la main pour me dire au revoir mais non, elle s'est juste accrochée à mon épaule et m'a embrassée tout en s'excusant de peut être me salir.

Cette attention inutile m'a touchée. Ce souci délicat de propreté qui ne cadrait pas avec la jeune femme. Comme si l'on allait utiliser un ton obséquieux et se mettre à se faire des courbettes. On était au milieu de la rue à s'excuser mutuellement ! Je crois qu'au final on était heureuse pour elle toutes les deux.

Son parcours je ne le connais. Probablement que je ne la croiserais pas de nouveau (car le coin est mauvais et cette rue ne l'aime pas), pourtant elle dégageait de la douceur, un regard perdu et un si forte incertitude.Comme si elle avait été entourée par une aura d'instabilité et d'inquiétude. Pourtant, elle restait calme et souriante peut etre même un peu apeurée derrière son sourire et ses yeux clairs.

Ce petit moment de partage aussi infime fut il, m'a remise à ma place. Oui je suis une privilégiée.
3 euros. M'en suis je sentie privée? 
J'aurais pas du hésiter.


2 commentaires:

  1. Ça m'a vraiment touchée... C'est vrai qu'on en voit tellement des mendiants à Nantes qu'on passe souvent à côté. Il y a ceux qui mendient alors qu'ils ont les moyens, ils se déguisent pour se faire un peu d'argent, il y a ceux que j'appelle "les roumains", longues jupes, chaussettes et tongs, et puis il y a ceux qui ont faim, vraiment faim. Ils t'abordent gentiment et te touchent. J'ai connu une fille comme ça dans la rue près de l'école d'art à Bouffay. Ton témoignage m'a fait penser à elle.
    Je n'avais malheureusement rien à lui donner, je suis de ces personnes qui payent tout par carte bleue et n'ont jamais de monnaie.

    Merci à toi de m'avoir rappelé de regarder un peu plus autour de moi.
    J'espère te voir au pique nique des blogueuses/eurs dimanche.

    Lucille

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  2. Ton post est vraiment touchant...
    Cela me rappelle un jour ou plus jeune on avait donné quelques centimes à un clochard devant "COntinent" (ancêtre de Carrefour) et qu'il était devant nous à la caisse à payer ses croquettes pour chien et son PQ en pièces de 20 centimes... Ca m'a marquée.
    Merci d'avoir partagé cette belle rencontre :)

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Merci de votre passage sur le blog
A très bientôt j'espère ;)